« La modernisation de l’alpinisme français ayant conduit à la conquête de l’Annapurna n’est pas un fait isolé, mais accompagne exactement celle de la société française toute entière, écrit Pierre Chapoutot. On y discerne la volonté d’inscrire l’alpinisme dans le registre de la gloire et du prestige national ». L’auteur analyse l’événement en le contextant dans une société française dont l’année 1950 « clôt une décennie marquée par plus de malheurs que de moments de grâce ». Loin de prétendre à un lien direct entre la victoire sur l’Annapurna et les incertitudes de l’opinion française, il n’exclut pas cependant que ces incertitudes aient pu trouver une réponse dans la figure d’un sauveur ou d’un héros incarné par Maurice Herzog.

Cette perspective n’a pas fait l’unanimité mais la polémique a mis du temps à sortir publiquement. « Les données en sont connues, poursuit Chapoutot : Maurice Herzog et les dirigeants de l’alpinisme français auraient organisé autour de l’événement un coup médiatique magistral, qui aurait eu pour conséquence de donner de son déroulement une description idéalisée et romancée, par le moyen d’un discours univoque et captif, pour le plus grand bénéfice (moral et matériel) du seul Herzog. De ce fait, les autres acteurs de l’expédition, à commencer par Louis Lachenal, auraient été privés de la reconnaissance à laquelle ils avaient droit ».

Actualité de l’Annapurna

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